Le Pot au Noir ou ZCIT, pour mieux comprendre la genèse des cyclones

Parmi les articles relevés sur le site du Vendée Globe 2016, celui de Dominic Bourgeois a retenu notre attention: il concerne le Pot au Noir ou la Zone de Convergence Inter-tropical (ZCIT), cette bande de nuages et de temps incertain qui fait le tour de la terre de façon plus ou moins continue. Certes, Dominic Bourgeois évoque cette ZCIT à l’occasion de la course en solitaire, en Atlantique, mais les explications sur la genèse des dépressions tropicales qui peuvent devenir cyclones intéresse aussi la Calédonie lorsque la ZCIT sur le Pacifique Sud fait naître des phénomènes météo instables au Nord de la Grande Terre.

Pot au Noir

Terre
© NASA-Earth Observatory

Certains disent que cette zone a hérité son nom de la jarre (le pot au noir) qui, dans les fermes capverdiennes, servait à recevoir les détritus de toute nature. D’autres laissent entendre que les négriers passaient par-dessus bord les esclaves malades pour éviter la propagation des maladies dans des espaces extrêmement confinés. Car dans les temps anciens, les navires n’avaient pas le potentiel des voiliers actuels et avaient bien des difficultés à manœuvrer rapidement et surtout à remonter contre le vent. Ils pouvaient passer des semaines entières, englués dans cette zone au point qu’ils devaient parfois se débarrasser des animaux du bord qui devenaient fous…

Les formes du Pot

© NASA-Earth Observatory

D’ailleurs les Britanniques dénomment les régions tropicales « Horse Latitude » parce que les capitaines des navires bloqués par les calmes pendant de longues journées sous un soleil de plomb, se débarrassaient des chevaux qui consommaient beaucoup trop d’eau douce. Souvent dans le Pot-au-Noir, le scorbut commençait à décimer les équipages : manque de vivres frais, déficit en vitamines C, cette maladie a ainsi emporté les deux tiers des hommes de Vasco de Gama pendant son voyage vers les Indes en 1497-1498. Pour les marins anglo-saxons, les « doldrums » (littéralement « dépression », « mélancolie ») étaient synonymes de fatigue extrême car pour se dégager de ces calmes prolongés, les équipages devaient tirer avec leurs chaloupes (à la rame !) les imposants bâtiments de Sa Majesté…

Des pots, il y en a de toutes sortes : des grands, des maigres, des ballonnés, en cône, en poire, en tâche, en méduse tentaculaire, en ruban… Bref, sans vouloir tourner autour du pot, disons que cette bande nuageuse, dénommée par les météorologues Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT), possède l’art de changer de forme et de fond. En fait, ce phénomène météorologique n’est que la conséquence d’un affrontement entre alizés de l’hémisphère Nord et alizés de l’hémisphère Sud, les premiers soufflant du Nord-Est, les seconds du Sud-Est. En sus, la proximité de l’équateur fait monter les températures de l’eau (27° à 29° C) et de l’air (35° à 40° C), générant une très forte évaporation et donc un taux d’humidité proche de 100%. Et qui dit vapeur d’eau, dit nuage… L’air chaud monte et plus il est haut, plus il se refroidit et les gouttelettes se transforment en pluie. Et le Pot est couvert…

Improbable Pot cible…

© Wikipedia

Et comme en plus, les anticyclones du Nord et du Sud « respirent » et que les nuages cumuliformes se déplacent et se régénèrent en permanence, ça bouge beaucoup dans le Landerneau équatorial ! Le Pot-au-Noir se métamorphose continuellement et comme le furet « un jour, il passera par ici, un autre, il passera par là ». Difficile donc pour les navigateurs de prévoir quelle est son extension et sa densité avant de l’aborder. Mais quelques principes simples indiquent qu’il est en général plus étroit vers le 30° Ouest et plus long à traverser du côté du 20° Ouest. Il faut donc cibler son entrée dans le Pot pour concilier veine de vent favorable et trajectoire pas trop décalée dans l’Ouest, car après la ZCIT, ce sont des vents de secteur Nord-Est en remontant vers l’Europe, donc au près, qui déportent les bateaux vers les côtes brésiliennes. Le meilleur « tunnel » pour traverser ce relief météorologique accidenté semble donc se situer entre le 30° et le 33° Ouest.

Le Pot-au-Noir est en fait plus actif lorsque les alizés sont forts, et plus étendu lorsque la température de l’eau est élevée : elle atteint au large de la Guinée-Bissau, 28° à 30° Celsius ! Cette chaleur de la mer provoque une très forte évaporation, donc la création de cumulonimbus qui peuvent s’étendre en altitude jusqu’à plus de 12 000 mètres… Sous ces nuages, la turbulence est très forte et les courants verticaux peuvent atteindre 15 à 30 m/s avec de fortes décharges électriques ; la visibilité est réduite, les pluies sont diluviennes, les rafales de vents violentes. Il peut même y avoir des trombes (colonne nuageuse se prolongeant jusqu’à la surface de la mer qui accompagne un tourbillon formé en dessous d’un cumulonimbus), des éclairs et du tonnerre, des feux de Saint-Elme (décharge électrique plus ou moins continue d’intensité modérée). Le Pot-au-Noir est la zone de genèse des dépressions tropicales qui peuvent se transformer, en se déplaçant vers l’Ouest, en cyclones…

Pot à terre, Pot d’enfer !

Dans le ciel, le Pot n’est pas toujours joli à voir, surtout dans le noir : des éclairs, du tonnerre, des pluies qui crépitent sur le pont comme sur l’arche de Noé, un horizon plombé, des variations de température importantes sous les grains (on passe de 40°C à 25°C sous les averses), des nuages blancs, gris, anthracites, noirs, parfois roses avec un rayon vert lorsque le soleil tombe dans les bras de Morphée… Les vents n’en font qu’à leur tête, variant constamment en force et direction, passant de 0 à 35 nœuds en quelques secondes au passage d’un grain. Même les meilleurs navigateurs avouent y perdre le Nord !

Le Pot-au-Noir s’aperçoit de très loin : à 100 milles (180 km), les marins voient déjà de grosses masses nuageuses au-dessus de l’horizon… Il se positionne en général entre le 8°N et le 3°N, en partant de la côte africaine, jusque parfois au 35° Ouest en se rétrécissant autour de l’équateur côté Brésil. Mais le pire avec le Pot-au-Noir, c’est qu’il reste imprévisible. Il s’étire, s’allonge, se rétracte ou grossit sans crier gare : le marin sait quand il commence à y entrer mais pas quand il va en sortir. Il peut durer quelques heures ou quelques jours ! Pour ce deuxième passage du Sud vers le Nord, les solitaires vont devoir aborder un Pot-au-Noir qui n’apparaît pas très actif, mais est en revanche plutôt étentu pour un passage brésilien… Il commencerait à se faire sentir autour du 4°S avec un alizé mollissant à une huitaine de nœuds, mais sans réelle rotation marquée jusqu’à la sortie par 1°N (soit tout de même sur 300 milles !) : la brise au Sud comme au Nord de l’équateur resterait orientée au secteur Est… Avec des alizés de l’hémisphère Nord, plutôt faibles aux Canaries, assez puissants sur la Guyanne et les Antilles ! Une situation due à l’installation durable d’une dépression sur Madère, une configuration météorologique plutôt inhabituelle !

Dominic Bourgeois

 

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