Malvoyants: les sensations au firmament

Étienne découvre la voile et des sensations extraordinaires: en quelques secondes, il a appris à régler un spi avec beaucoup de précision.

Lors d’un précédent article qui débriefait une séance sportive avec les optimists et les lasers performants de Nouvelle Calédonie, nous avions titré « Voir rend aveugle »: il s’agissait pour les régatiers (valides) de découvrir ou de retrouver des sensations sans la vue, un bandeau sur les yeux.

Appui coque par les fesses, réglages par la barre qui « tire » ou pas, tension de l’écoute ressentie dans la main, assiette du bateau par la kinesthésie , position du corps au rappel par la sensation proprioceptive, …

Cette fois, avec Étienne , aveugle et néophyte en matière de navigation sur un voilier, c’est l’inverse: comment un malvoyant qui ne connaît pas le bateau à voile, et donc encore moins les sensations à percevoir, appréhende-t-il cette activité ?

En d’autres termes, être aveugle permet-il d’être à l’écoute du voilier comme les valides – mieux ou moins bien – et cela lui fait-il vivre le bateau différemment des autres ? Nous effectuons ici, ce 29 mars 2017, une sortie dans le cadre de la section Handivoile de la Société des Régates Calédoniennes.

Description du bateau avec Alexandria, l’ergothérapeute qui accompagne Étienne.

C’est une véritable découverte pour Étienne, originaire de Thio. La soixantaine dynamique, vif d’esprit et agile dans ses déplacements pour monter à bord après une présentation rapide du bateau, notre résident du foyer Retzik (centre pour polyhandicapés basé à Nouméa) est heureux de laisser tomber la canne blanche pour les écoutes.

En quelques secondes, Étienne a appris à régler les voiles avec une bonne précision rien qu’en ressentant les différences de tension sur l’écoute. Ces facultés à écouter, toucher, ressentir les mouvements est exceptionnelle. Et très utile en bateau.

Après une bonne heure de navigation avec son ergothérapeute, Étienne s’est dit très intéressé pour renouveler l’expérience.

Pour ceux qui, comme lui, malvoyants, seraient en plus tentés par le côté sportif de la voile (confrontation, régate, …), il existe en métropole de formidables avancées technologiques qui permettent de savoir, grâce à un logiciel performant et sonore, à quelle vitesse le bateau navigue, connaître les angles de vent, la distance de la bouée à contourner, … .

Nous avions évoqué dans un précédent article, lors de la préparation d’Ange Margaron au championnat de France de MiniJ (2015) ces travaux et cette application nommée SARA (Sail and Race Audioguide).

Le blog de Jean-Jacques Dubois renvoie également vers le site des « ingénieux ingénieurs » dans cet article.

Le vent sur le visage, la légère gite lors de l’accélération … rien n’échappe à notre malvoyant.

Un bol d’air pour Étienne, et une découverte pour les encadrants concernant la qualité des sensations ressenties par le malvoyant… .

Alexandria, ergothérapeute, saisit cette opportunité de séance avec son patient pour s’offrir un baptême en trimaran.

 

2 réflexions au sujet de « Malvoyants: les sensations au firmament »

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