Groupe laser

Des vidéos techniques du RYA (club anglais) et très pédagogiques:

L’empannage:

Le virement:

Enroulé à la marque au vent:

S’arrêter:

Enroulé à la marque sous le vent:

LE VIREMENT BASCULE EN LASER

La séquence vidéo qui vous est présentée ici porte sur la thématique du virement bascule en confrontation par un vent inférieur à 10 nœuds et mer plate.

Le film a été tourné à La Rochelle le 9 décembre 2010 au cours d’un entraînement durant le stage inter – CEN. Sur le thème de la navigation au contact et de la confrontation, deux laséristes (CEN Marseille et CEN La Rochelle) de niveau international effectuent une série de virements bascule. Ils naviguent en laser standard, série olympique, dériveur solitaire.

L’un des laséristes rattrape progressivement l’autre durant la minute et  trente neuf secondes que dure la séquence. Pourquoi et comment réussit-il à gagner sur son concurrent ? Autrement dit, quels sont les éléments de la réussite d’un bon virement bascule pour améliorer la performance sportive ?

Nous décrirons ce que nous observons puis nous donnerons des éléments techniques concernant les réglages, le déplacement des coureurs, les forces aéro et hydrodynamiques en présence.

Nous évoquerons aussi les situations de règles de courses rencontrées, les muscles sollicités et les filières de l’effort utilisées. Enfin, nous évoquerons l’aspect stratégique et tactique que permet cette technique, ainsi que ses limites (au plan météo et réglementaire).

Comment améliorer cette technique ? Quelles sont les pistes de travail que nous pouvons proposer : ce sera le dernier thème développé avant la conclusion.

I-               Ce que nous observons

L’exercice  en cours ici est dit « Argentina  » : il  consiste à provoquer des situations  de contacts en commençant  par un départ groupé et en contraignant les laséristes qui se trouvent à l’extérieur à se recentrer dès que possible. Ceux qui ont de l’avance sont également contraints de rester au centre en multipliant les virements de bord. Ainsi, ceux de l’extérieur bénéficient de vent frais et peuvent revenir au contact sans être gênés. Ceux qui ont de l’avance ne peuvent jouer le vent et sont susceptibles de perdre du terrain par le jeu des virements. L’idée est de provoquer de la densité et de la confrontation.

Que voyons-nous  sur cette vidéo ? En premier lieu un plan large du départ puis un focus sur les deux laséristes  en avant qui entament une série de virements bascule. Nous sommes sur le plan d’eau de La Rochelle dans des conditions  anticycloniques  avec un vent de terre (NE) inférieur à 10 nœuds, mer plate comme dit plus haut et vent irrégulier dans la zone (couloir étroit) qui nous intéresse.

Nous constatons que le n°191685 en retrait par rapport au n°194788 gagne quelques dizaines de centimètres à chaque virement de bord jusqu’à passer devant tribord amure puis il confirme en recroisant finalement bâbord amure devant son adversaire. Nous notons qu’un troisième bateau (n° 196533,), qui navigue plus librement derrière, revient sur le duo jusqu’à s’immiscer près de leurs tableaux arrière.

L’intérêt de ce que nous observons est multiple :

1-    De bons virements permettent de gagner nettement en vitesse par rapport à un concurrent qui utilise la même technique -le virement bascule- mais moins efficacement.

2-    Pouvoir déceler quelles sont les différences  de techniques  tenant compte des paramètres à prendre en compte et développés ci-dessous.

3-    De constater que, contraints par le contact, des bateaux naviguant plus librement reviennent  sur le duo (intérêt du choix des bords et du moment du déclenchement).

II- Technique réglages.

Nous ne nous attarderons pas sur la technique à proprement parlé du virement bascule : nous nous bornerons  à en rappeler le principe. Ce qui nous intéresse ici est l’effet miroir et la comparaison entre nos deux lasérisres.

En quoi consiste le virement bascule ? Il s’agit de donner de l’amplitude latérale dans le virement de façon à basculer la voile au vent, avec un effet de pompe en finesse qui, par le jeu de phénomènes aérodynamiques qui permettent d’accroître la vitesse par rapport à un virement de bord « à plat ».

Pour cela, il convient tout d’abord de faire légèrement gîter le bateau afin que celui-ci  lofe plus facilement sans avoir à « pousser » la barre (couple aéro/hydro), puis de laisser  venir le bateau à soi en restant sous le vent pendant que le bateau franchit l’axe du vent jusqu’à ce que la voile soit établie sur l’autre amure, et enfin de se déplacer au vent en « écrasant » le bateau et ainsi lui permettre d’accélérer quand il se remet à plat.

La barre : un mouvement très doux mais ample qui accompagne le changement  de trajectoire provoqué par la modification de l’assiette, et un contrôle de l’angle dans la deuxième partie du virement et lors de la relance.

Voile : il s’agit d’avoir une voile puissante avec du creux sur la bordure, peu de cunningham (petit temps). Le Hale-bas est suffisamment choqué pour permettre à la bôme de remonter dans le virement  (facilite le passage du corps sous la bôme) et cela permet d’ouvrir la chute dans la relance qui s’effectue au bon plein à environ 10 à 20 °  plus bas que le près normal en route. Mais le hale-bas n’est pas trop choqué pour toujours assurer une tension de la chute quand l’écoute est un peu choquée. La régulation avec l’écoute est importante  (plus de 30 cm). Au début du virement, le barreur borde en même temps que le bateau lofe (ça l’aide) puis il choque en sortie de virement . après avoir « écrasé » , le barreur reprend de l’écoute au fur et à mesure que le bateau prend de la vitesse et qu’il lofe. Nous notons que l’écoute n’est pas poulie dans poulie quand le bateau est en route au près : réglage de petit temps pour détendre un peu la chute et ouvrir le haut du plan de voilure.

En observant nos deux laséristes et en les comparant, une première évidence :  l’un donne davantage d’amplitude dans l’assiette latérale (safran à moitié sorti de l’eau, dérive apparente, réglette de cokpit à toucher l’eau), davantage de régulation dans l’écoute, son hale-bas est un peu plus choqué, et il écrase davantage son bateau (lié à l’amplitude plus importante).

Nous remarquerons aussi davantage de fluidité d’une manière générale et une grande régularité dans la reconduction des gestes, ce qui est moins le cas chez  l’autre lasériste qui effectue des virements assez inégaux (beaucoup de différences d’angle de sortie et une régulation  moins coordonnée). On sent chez le premier des automatismes bien appris avec une capacité à s’adapter rapidement : virement sans vitesse max, observation du concurrent, … .

III- Déplacement, mobilité et assiette.

Cette technique du virement bascule dans peu de vent et mer plate avec autant d’amplitude nécessite beaucoup de souplesse et de délicatesse  avec des appuis sur les pieds solides et bien calés. : en effet, il faut remonter au vent sur un bateau fortement contre-gîté, se tourner sans changer trop tôt de main barre écoute et écraser le bateau en souplesse avec un couple de rappel important. Ni trop brutal, (secousse) ni trop mou (lent), cette dernière phase d’écrasement est d’autant plus délicate qu’il s’agit en même temps de contrôler la trajectoire et de réguler à l’écoute.

Comparaison entre les deux laséristes : là encore, celui qui gagne des centimètres sur l’autre apparaît plus régulier et plus efficace : meilleure contre-gîte (plus ample), accompagnement de la barre avec le corps (pas de retard ou d’avance) donc moins de contrainte  sur la barre, plus de fluidité. Le corps est légèrement plus en avant dans le bateau. Nous pouvons noter que, avec le n° 191685, sur deux virements de bord,  il y a ce déphasage.  Le changement de main barre-écoute est également plus aléatoire : lors d’un virement,  il lâche la barre … .

Au plan physique, le gainage doit être fort (abdos droits et obliques) mais aussi un gros travail avec les jambes  sur les appuis. En termes de filière de l »effort, nous sommes sur de l’explosivité moyenne (un peu d’anaérobie lactique) et sur de l’aérobie car les mouvements sont répétés avec une bonne fréquence. Endurance nécessaire.

IV-           Sensation et coordination.

Outre le déroulé technique pure, nous comprenons bien que pour réussir un bon virement bascule, il faut être en phase avec le bateau, si ce n’est en communion : avec lui. L’importance du kinesthésique, pour intégrer des sensation s permet d’être à l’écoute de la barre, du mouvement du bateau pour la synchronisation et donc d’être coordonné (barre écoute assiette).

Entre nos deux laséristes , outre la différence d’amplitude dans l’assiette latérale, il y a une différence de conduite liée sans doute à ce défaut de sensations qui permettrait  de mieux caler la synchronisation et l’efficacité dans le geste.

V- Aérodynamisme, hydrodynamique, technologie.

Aérodynamique: la bascule est un enchaînement de phénomènes dynamiques en aéro : La bascule au vent accélère l’écoulement sur l’extrados, provoque une adonnante et un renforcement excentrés du vent perçu par la voile. Pour être efficace, la vitesse de bascule doit être proportionnée  à la force du vent : si elle est trop vive pour le vent réel, le risque de décrochement  existe et la bascule devient néfaste. Notons que le vent apparent se renforce et adonne de bas en haut. Il est donc important d’allier les sensations sur ce risque de décrochement risquant de réduire à néant les effets bénéfiques du virement bascule.

En hydrodynamique, les filets d’eau raccrochent (écoulement laminaire) quand le bateau est écrasé et prend appui sur la dérive. Un changement  de cap trop brutal ou trop rapide peut créer des turbulences et risque de décoller les filets d’eau, donc le bateau perdra de l’appui.

Technologie : par vent faible, un gréement souple est souvent favorable : l’élasticité du mât permet le dévers, limite le décollement, retend la chute et prolonge un temps les pressions favorables. En laser les différences de poids haut et bas de mât ne sont pas négligeables : il convient de savoir avec quel matériel on navigue.

Avec un mât raide, nous pouvons pallier ce risque de décollement  en soignant la tension de la chute pour qu’elle déverse d’elle-même : le hale-bas prend là toute son importance de même que le lâché d’écoute.

Sur la vidéo, nous notons des situations  de contacts (bateaux derrière, ou sous le vent devant, …) qui contraignent  les laséristes à modifier leurs actions : virements  avant même d’avoir repris la pleine vitesse, … : le but étant d’éviter du vent perturbé (pour le bateau derrière) ou de ne pas subir un vent refusant et perturbé du à un bateau sous le vent devant.

VI- Règles de course

Dans cet exercice de duel, nous rencontrons quelques situations où les règles de course régissent des obligations. Les laséristes doivent respecter la règle 10  (Sur des bords opposés, le voilier babord amûre doit se maintenir àl’écart du voilier tribord amûre), la règle 11 (Sur le même bord engagés, le voilier au vent doit se tenir à l’écart du voilier sous le vent). Durant la séquence, les voiliers ont respecté ces règles. Le troisième en arrière doit également respecter la règle 12 « Sur le même bord non engagés , un voilier en route libre derrière doit se tenir à l’écart du voilier en route libre devant ».

VII- Attaque / défense

L’un n’a pu défendre son leadership, finissant par devoir céder la priorité (règle 10) sur des bords opposés. Aurait-il pu mieux résister en régate, hors contrainte de cet exercice consistant à rester dans l’axe du parcours ? Le différentiel  de vitesse – ou plus exactement  d’accélération  en sortie de virement  de bord – rend la tâche difficile. Peut-être aurait-il pu tenter de couvrir son adversaire  avant même de se faire rattraper en le maintenant dans le cône du dévent. Cela étant, un duel de virements de bords plus engagés que celui observé ici ne lui aurait sans doute pas permis de résister davantage car le virement sans avoir atteint la vitesse optimale était là encore mieux maîtrisé par l’adversaire.

VIII- Pistes de travail

Cet exercice de virements par le jeu d’une navigation dans l’axe met en lumière les différences de performances. C’est donc une bonne évaluation. Tenant compte du résultat, et après avoir identifié les points à travailler, plusieurs axes de travail peuvent être définis :

1-    Améliorer l’amplitude de la bascule sur l’assiette latérale. Quitte à le faire à l’excès. Trouver des limites (point d’écoute dans l’eau comme on l’a vu par moment sur le bateau 191685). Cette recherche d’amplitude peut aussi se faire les yeux fermés pendant le virement : cela aide à se focaliser sur les sensations.

2-    Améliorer les sensations : touché de barre (sentir si elle force et l’accompagner), amplitude d’angle, synchronisation du passage sur l’autre bord, vitesse d’écrasement, recherche d’appui, régulation barre écoute en relance de sortie de virement de bord.

3-    Motiver la recherche de perfection par la stimulation de l’agressivité, comme dans cet exercice, mais en y mettant de l’enjeu : petites manches, confrontation avec de la densité, « montante descendante » (exercice qui consiste à former deux groupes : les derniers du premier groupe descendent dans le deuxième groupe et les premiers du deuxième groupe montent dans le premier. Objectif : rester dans le premier groupe le plus longtemps possible, en conservant l’esprit de limiter les écarts au départ et favoriser une navigation dans l’axe afin de minimiser les effets dus aux variations de vent.

4-    Travailler sur la vidéo comme celle présentées ici pour que les coureurs réalisent eux-mêmes les actions à corriger.

5-    Travailler dans des conditions de vent variées de petit temps (avec ou sans clapot,…).

Conclusion

Un bon virement bascule est difficile à réaliser tant il nécessite des automatismes, des sensations bien acquises et une technicité pure. Mal réalisé, le virement bascule peut être pire que de virer « normalement ».

Cet outil ou plutôt cette « arme » est fondamentale pour la performance sportive car sur cette séquence, nous voyons bien que deux coureurs de niveau international accusent des différences  importantes  en peu de temps : on imagine sur un parcours d’une heure vingt minutes dont deux bords de louvoyages… .

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